04.09.2009
Marielle de Sarnez : "Personne ne peut gouverner seul"
Marielle de Sarnez, première vice-présidente du Mouvement Démocrate et députée européenne, a accordé un entretien à l'hebdomadaire "L'Express", jeudi 4 septembre. Université de rentrée du Mouvement Démocrate à la Grande-Motte, dialogue avec la gauche, dossiers de la rentrée et gouvernance présidentielle sont les sujets abordés par Marielle de Sarnez.
L'Express : Comment envisagez-vous la rentrée politique du MoDem ?
Marielle de Sarnez : Notre rentrée, c'est à la Grande Motte ce week-end. Ce qui est frappant, c'est le succès d'affluence de cette université de rentrée. Au vu des inscriptions, nous serons plus de 2000. C'est la preuve d'une grande attente. (Lire la suite)
L'Express : Quels seront les dossiers que vous défendrez en premier à la rentrée ?
Marielle de Sarnez : Nous sommes très soucieux de la situation économique et sociale du pays. On nous annonce que le chômage pourrait croître jusqu'à un seuil de 10 à 12% de la population active. Les jeunes, qu'ils soient diplômés ou pas, étant les premiers concernés. Les PME ont bien grand mal à faire face à la crise et ne sont pas suffisamment aidées par les pouvoirs publics. Et les classes moyennes voient peser sur elles de plus en plus de charges, notamment fiscales, alors que les plus privilégiés s'en sortent mieux à cause du bouclier fiscal, ce qui est d'une grande injustice.
Et puis, nous sommes en train de constituer une bulle inquiétante de dettes publiques, ce qui réduit d'autant les marges de manoeuvre. Savez-vous que la France emprunte 1 milliard d'euros par jour! Au même moment, Nicolas Sarkozy lance un emprunt national –sans annoncer à quoi il va servir!- alors qu'il aurait été plus pertinent d'apporter à la crise une réponse collective européenne.
Enfin, ce qui se passe avec la suppression programmée du juge d'instruction met en cause un des fondamentaux de notre république: l'indépendance de la justice. C'est très grave. A tel point, que le Conseil de l'Europe s'apprête à demander à la France qu'elle revienne sur sa décision "pour éviter de donner l'impression que cette réforme vise à protéger la casse politique de tout contrôle judiciaire".
La question du chemin à suivre, pour la France et pour l'Europe, du modèle de société soutenable sur des décennies, de l'éducation, du travail, de l'intégration, de la place de l'argent, de ce qu'on construit ensemble, voilà pour nous la question.
L'Express : Pour les élections régionales de mars 2010, vous pensez à former des listes communes ?
Marielle de Sarnez : Nous allons débattre de la stratégie dans les mois qui viennent avec les adhérents du MoDem. Pour moi, ces élections doivent nous permettre à la fois d'affirmer notre propre identité et d'être disponibles pour des rassemblements plus larges, car personne ne peut gouverner seul. Mais tout cela ne peut se construire qu'en ayant à l'esprit ce que devra être l'avenir.
L'Express : Le rassemblement de Vincent Peillon à Marseille a-t-il changé quelque chose dans votre esprit ?
Marielle de Sarnez : Ce rassemblement démontre qu'il y a dans de nombreux courants politiques des gens qui, tout en revendiquant une identité propre, sont décidés à ne plus se regarder comme des ennemis, à se parler et à dialoguer. Au bout de ce chemin, je forme le voeu que nous réussissions enfin à faire bouger les lignes. C'est le souhait de milliers de français qui ne se retrouvent pas dans les clivages actuels, qui sont trop souvent, largement artificiels.
L'Express : Les socialistes disent : "Nous attendons de voir si François Bayrou prendra la décision de ne pas faire de liste avec l'UMP et s'il soutiendra la gauche au deuxième tour." Qu'est-ce que vous en pensez ?
Marielle de Sarnez : Construire un rassemblement suppose d'abord de se respecter, d'accepter les parcours et les identités propres de chacun et d'être de bonne foi. Je suis du centre, mais je ne regarde pas les socialistes comme des adversaires. J'attends d'eux la même attitude.
L'Express : Nicolas Sarkozy est président de la République depuis plus de deux ans. Comment jugez-vous la politique du gouvernement ?
Marielle de Sarnez : Je pense que le chef de l'Etat applique une politique souvent injuste et pas forcément cohérente. Maintenant qu'il s'est lancé dans les déficits à tout va, le choix du bouclier fiscal, par exemple, devient scandaleux. Qui va payer? Comme toujours, les classes moyennes et les plus jeunes.
Par ailleurs, l'État devient de moins en moins impartial: on le voit encore aujourd'hui avec la réforme de la justice. Et je pense qu'il y a de très nombreux problèmes qui ne sont pas réglés ou mal réglés: éducation, université, recherche, désindustrialisation de la France, indépendance des médias, justice pénale, problème carcéral...
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